Sécurité Routière

Hémorragie grave : la compression directe d’abord, le garrot seulement en dernier recours

Éléonore Valmerieux 8 min de lecture

Face à un saignement abondant, le bon réflexe n’est pas de nettoyer la plaie ni de chercher un produit miracle : il faut appuyer fort, appeler les secours et surveiller la victime. Une hémorragie peut évoluer très vite, surtout si le sang coule en jet, imbibe les vêtements ou ne s’arrête pas après quelques instants de pression.

Le corps d’un adulte contient environ 5 litres de sang. Une perte de 20 %, soit près de 1 litre, peut déjà provoquer malaise, pâleur, sueurs, vertiges et aggravation rapide. En cas de doute, appelez le 18 ou le 112 : mieux vaut déclencher une alerte trop tôt que trop tard.

Reconnaître une hémorragie grave avant d’agir

Une hémorragie est une perte de sang importante, visible ou non, qui dépasse le simple saignement de surface. Le cas le plus évident est l’hémorragie externe : une plaie saigne abondamment et le sang s’écoule hors du corps. Elle peut survenir après une coupure profonde, une chute, un accident de bricolage, un traumatisme sportif ou un accident de la route.

Les signes qui doivent alerter immédiatement

Un saignement devient préoccupant lorsqu’il ne s’arrête pas spontanément, lorsqu’il traverse rapidement un tissu ou lorsqu’il est associé à un état général anormal. Un sang rouge vif qui jaillit par pulsations peut évoquer une atteinte artérielle. Mais même sans jet visible, une perte continue peut devenir dangereuse.

  • La victime devient pâle, faible, confuse ou somnolente.
  • Elle transpire, tremble, a froid ou se plaint de vertiges.
  • Le saignement imbibe rapidement compresses, serviettes ou vêtements.
  • La plaie est large, profonde, située au cou, au thorax, à l’abdomen ou près d’une grosse articulation.
  • La victime perd connaissance ou respire anormalement.

Hémorragie interne ou extériorisée : ne pas minimiser

Une hémorragie interne ne se voit pas forcément : elle peut suivre un choc violent, une chute importante ou un accident. Une hémorragie extériorisée correspond à du sang qui sort par un orifice naturel : bouche, nez, oreille, anus, urines. Si la personne crache du sang, vomit du sang, saigne de l’oreille après un choc, ou présente du sang dans les urines ou les selles, il faut contacter les secours et éviter toute manipulation inutile.

Le protocole immédiat : protéger, comprimer, alerter

Dans les premières secondes, l’objectif est simple : limiter la perte de sang sans vous mettre en danger. Le sauveteur doit agir vite, mais pas n’importe comment. Si possible, mettez des gants ou interposez une barrière propre entre votre main et le sang : compresse, linge, sac plastique propre, vêtement plié. Cette protection réduit le risque de contact avec le sang sans retarder le geste essentiel.

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La compression directe, le geste central

Placez votre main, une compresse ou un tissu propre directement sur la plaie, puis appuyez fermement et sans relâcher. La pression doit être continue : si vous soulevez le tissu toutes les quelques secondes pour regarder, vous risquez de casser le début de coagulation. Si le tissu se gorge de sang, n’enlevez pas la première couche ; ajoutez-en une autre par-dessus et continuez à comprimer.

Si la plaie est sur un bras ou une jambe et que cela ne provoque pas de douleur importante ni de suspicion de fracture, vous pouvez maintenir le membre légèrement surélevé pendant la compression. Ce geste peut aider, mais il ne remplace jamais la pression directe.

Allonger et alerter sans interrompre la pression

Installez la victime en position allongée, sauf si la situation l’empêche ou si elle respire mieux dans une autre position. L’allongement limite le risque de chute en cas de malaise et favorise l’irrigation des organes vitaux. Demandez à une autre personne d’appeler le 18 ou le 112. Si vous êtes seul et que le saignement est massif, mettez le téléphone en haut-parleur pour pouvoir continuer la compression pendant l’appel.

Gardez trois priorités en tête : fermer la plaie avec votre main, garder le lien avec les secours et observer l’état de la personne. Ne cherchez pas du coton dans une salle de bain, ne nettoyez pas, ne déplacez pas inutilement la victime. L’urgence se gère au plus près du point de saignement, avec une pression continue et une alerte immédiate.

Compression, pansement compressif ou garrot : choisir le bon relais

La compression manuelle est le premier geste. Le pansement compressif et le garrot ne sont pas des alternatives de confort : ce sont des relais à utiliser selon la situation, la gravité et votre capacité à maintenir la pression.

Situation Geste prioritaire Point de vigilance
Saignement abondant accessible Compression directe ferme et continue Ne pas relâcher pour vérifier trop souvent
Besoin de libérer les mains ou attente prolongée Pansement compressif Il doit maintenir une vraie pression sur la plaie
Compression impossible ou inefficace sur un membre Garrot en dernier recours À placer au-dessus de la plaie, jamais sur une articulation
Corps étranger dans la plaie Compression autour de l’objet Ne jamais retirer le corps étranger
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Quand poser un pansement compressif

Un pansement compressif sert à maintenir la pression lorsque la compression manuelle fonctionne mais ne peut pas être gardée longtemps : sauveteur seul, trajet difficile, nécessité d’appeler, plusieurs victimes. Il peut être réalisé avec des compresses et une bande, à condition que l’ensemble appuie réellement sur la zone qui saigne. Le pansement ne doit pas être décoratif : il doit remplacer votre main.

Après la pose, observez. Si le sang traverse rapidement, renforcez par-dessus et reprenez la compression manuelle. Ne retirez pas le pansement déjà en place, car cela peut relancer le saignement.

Quand le garrot devient nécessaire

Le garrot est un geste de dernier recours, indiqué surtout pour une hémorragie massive d’un bras ou d’une jambe lorsque la compression directe est impossible, inefficace, ou lorsqu’il y a un danger immédiat empêchant de rester auprès de la victime. Il peut aussi être envisagé dans une situation avec plusieurs victimes, si vous devez arrêter rapidement un saignement vital avant de passer à une autre urgence.

Le garrot se place au-dessus de la plaie, entre la blessure et le cœur, idéalement à 5 à 10 centimètres de la plaie, sans le poser sur une articulation. Il doit être assez serré pour arrêter le saignement. Notez l’heure de pose si possible et transmettez-la aux secours. Une fois posé efficacement, ne le desserrez pas vous-même.

Les erreurs qui aggravent souvent la situation

En situation de stress, beaucoup de gestes partent d’une bonne intention mais retardent l’action utile. Or, dans une hémorragie, les minutes comptent : certains décès pourraient être évités par des gestes de premiers secours précoces, alors que les accidents graves du quotidien sont associés à des bilans humains lourds, avec jusqu’à 11 000 morts évoqués dans certains messages de prévention.

  • Ne retirez pas un corps étranger planté dans la plaie : il peut limiter partiellement le saignement. Comprimez autour.
  • Ne nettoyez pas la plaie en priorité si le saignement est abondant : l’urgence est de stopper la perte de sang.
  • Ne donnez pas à boire ou à manger à une victime qui risque d’être prise en charge médicalement.
  • Ne serrez pas un lien fin comme une ficelle ou un câble : cela blesse les tissus sans garantir l’efficacité d’un garrot.
  • Ne laissez pas la victime seule si elle présente malaise, confusion ou perte de connaissance.
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Pour se préparer, une trousse de secours simple doit contenir des gants, compresses, bandes, pansement compressif et éventuellement un dispositif hémostatique ou un garrot adapté. Les prix varient fortement selon le matériel : une compresse ou un petit consommable peut coûter autour de 0,84 € HT, tandis qu’un garrot tactique peut atteindre environ 21,50 € HT. Le plus important reste de savoir l’utiliser : un équipement non compris ne remplace pas une formation aux gestes de secours.

Surveiller la victime jusqu’à l’arrivée des secours

Arrêter ou ralentir le saignement ne signifie pas que le danger est écarté. Continuez à parler à la victime, rassurez-la, couvrez-la si elle a froid et observez sa respiration. Une personne qui perd du sang peut se dégrader progressivement : pâleur, agitation, somnolence, sueurs froides, soif intense, respiration rapide ou perte de connaissance.

Si la personne perd connaissance

Si la victime ne répond plus mais respire, placez-la en position latérale de sécurité si cela est possible sans aggraver ses blessures, tout en maintenant la compression ou le pansement si nécessaire. Si elle ne respire pas normalement, signalez-le immédiatement au téléphone aux secours : ils vous guideront sur les gestes à réaliser.

Cas particuliers : nez, bouche, orifice naturel

Pour un saignement de nez isolé, faites asseoir la personne tête légèrement penchée vers l’avant et pincez les narines pendant environ 10 minutes. En revanche, si le saignement suit un choc important, s’il est très abondant, s’il ne s’arrête pas, ou si du sang sort par la bouche, l’oreille, les urines ou les selles, appelez les secours. Ces signes peuvent correspondre à une atteinte plus profonde qu’une simple coupure visible.

En résumé opérationnel : protégez-vous, comprimez directement, allongez la victime, appelez le 18 ou le 112, puis surveillez sans relâcher. La compression directe sauve du temps ; le pansement compressif prend le relais ; le garrot reste réservé aux situations où la vie est menacée et où les autres moyens ne suffisent pas.

Éléonore Valmerieux
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